La République Dominicaine, un paradis touristique au passé tourmenté

République Dominicaine

L’île d’Hispaniola, première terre américaine découverte par Christophe Colomb en 1492, est aujourd’hui divisée en 2 états. L’un, Haïti, a longtemps été une colonie prospère de l’empire colonial français tandis que l’autre, Saint-Domingue, était une petite colonie espagnole restée pratiquement inexploitée jusqu’au XXe siècle. Ainsi, après une longue période de troubles politiques et économiques ponctuée par des phases d’occupation étrangère, la République Dominicaine est devenue l’une des destinations touristiques les plus prisées des Caraïbes. Sa monnaie, le « peso dominicain », ne date finalement que de 2011, date de l’abandon du nom « peso de oro » qui devait symboliser jusqu’alors la qualité et la stabilité de cette fragile monnaie souveraine.

UNE COLONIE DÉLAISSÉE

Avant l’arrivée des Européens, l’île est peuplée d’Amérindiens arrivés en deux vagues. Les Taïnos, présents depuis l’antiquité, et les Caribes d’origine continentale arawak, arrivés plus tard au XIIe siècle. Ces derniers faisaient reculer peu à peu les précédents vers l’intérieur lorsque les Espagnols ont débarqué pour la première fois le 5 décembre 1492. Les Amérindiens les accueillent alors comme des dieux et les toutes premières relations avec ces peuples de chasseurs-cueilleurs sont pacifiques. Mais très vite les relations se tendent et les Indiens tentent de chasser la garnison laissée par Colomb. La ville d’Isabella est fondée dès 1493 et celle de Saint Domingue, en 1496. La découverte de mines et la création de plantations de canne à sucre incitent les Espagnols à exploiter la main d’oeuvre indigène. Les travaux forcés, les maladies européennes et les quelques massacres commis par les Espagnols réduisent la population amérindienne de l’île de 400 000 à quelques douzaines de familles survivantes en 1535. Ce génocide oblige les Européens à importer des esclaves noirs africains pour les remplacer dans les plantations. La colonie est alors relativement dynamique puisqu’elle constitue le premier point d’attache des colonisateurs espagnols. Pendant ce temps, la mer des Caraïbes est infestée de pirates et de corsaires français, hollandais ou anglais. L’intérêt de cette colonie décline très rapidement après la conquête du Mexique et du Pérou. Les richesses des civilisations Aztèque et Inca ainsi que la découverte d’importants gisements d’argent attirent tous les colons européens, y compris ceux qui étaient jusque-là implantés à Saint- Domingue.
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La colonie est presque désertée tandis que des esclaves en fuite fondent des communautés dans l’intérieur. En 1640, la France en profite pour annexer la partie Ouest de l’île, plus favorable aux plantations. C’est alors la seule partie riche et développée de l’île. La population augmente alors grâce à l’importation de milliers d’esclaves au XVIIIe siècle. En 1791, ces derniers se révoltent et Toussaint Louverture en profite pour envahir la partie espagnole de l’île. De riches familles s’enfuient vers Cuba ou le sud des Etats-Unis. Napoléon Bonaparte rétablit l’ordre et l’esclavage en 1802. Jean-Jacques Dessalines, lieutenant de Toussaint Louverture, reprend le pouvoir et se proclame empereur en 1804 avant d’ordonner le massacre des Français, des Créoles et des Hispanophones de Saint-Domingue. La pauvre colonie espagnole est alors presque entièrement détruite lorsque les Anglais interviennent pour soutenir la rébellion hispanico-créole qui reprend le contrôle en 1809. L’autorité espagnole est rétablie mais la loi et l’ordre ne règnent pas à Saint-Domingue. Les plus riches forment des milices qui leur permettent de prendre le contrôle de provinces entières. L’un des plus puissants propriétaires, José Nunez de Caceres, finit par proclamer l’indépendance le 1er décembre 1821 mais aussitôt les forces haïtiennes envahissent à nouveau Saint-Domingue en février 1822. Cette occupation dure encore 22 ans et les Haïtiens, qui doivent payer des réparations à la France, en profitent pour piller toutes les dernières richesses de la partie espagnole de l’île. Les monnaies haïtiennes, les fameuses « gourdes » remplacent alors les « reales » qui circulaient dans l’île depuis la colonisation espagnole. Le 27 février 1844, les leaders d’une société secrète appelée « la Trinitaria » parviennent à proclamer l’indépendance de la République Dominicaine. Ils sont encore aujourd’hui considérés comme les Pères de la Patrie. Ramon Matias Mella, Francisco del Rosario Sanchez et Juan Pablo Duarte apparaissent ainsi conjointement sur le billet de 100 pesos.


ENTRE RÉPUBLIQUE ET DICTATURE

La première Constitution du pays est adoptée le 6 novembre 1844 et la nouvelle monnaie, le peso dominicain, est mis en circulation en remplacement de la gourde avec une valeur équivalente. Il vaut alors 8 anciens reales espagnols mais les premières monnaies ne sont que des pièces d’un quart de Real en bronze appelées « cuartillos ». Les premiers billets, eux, entrent en circulation en 1848 et 1849 pour des valeurs allant de 1 à 80 pesos. La République voisine d’Haïti tente cependant à plusieurs reprises de reprendre le contrôle de l’intégralité de l’île, en 1844, 1849, 1853, 1855 ou 1856. Les dirigeants, d’origine militaire, en prennent prétexte pour renforcer leur pouvoir. Le dictateur Santana s’impose alors avec le soutien des grands propriétaires, de l’Eglise et des commerçants. Il en profite pour s’enrichir personnellement en imprimant des billets, non gagés, pour acheter les récoltes de l’île à bas prix et engranger un copieux bénéfice en les revendant sur le marché international. Il négocie également des concessions agricoles qu’il revend à des sociétés américaines au détriment des petits producteurs. Son successeur et ancien opposant, Baez, use des mêmes subterfuges pour s’enrichir à son tour en faisant imprimer près de 18 millions de pesos pour acheter les récoltes de tabac

en 1857. Les partisans des deux dirigeants s’affrontent souvent, faisant sombrer le pays dans la guerre civile et la crise économique. L’Espagne intervient en reprenant le contrôle de la République en mars 1861. Cette restauration déclenche une nouvelle guerre d’indépendance en 1863 mais les leaders de la rébellion peinent à s’entendre et les présidents provisoires désignés sont tour à tour renversés par des coups d’Etat. En 1865, l’indépendance et la république sont restaurés mais la période suivante est marquée par pas moins de 21 gouvernements et 50 tentatives de coup d’Etat. Le développement de la production de canne à sucre qui s’accompagne d’une hausse des prix attirent de nouveaux investisseurs, notamment américains. Certains dictateurs parviennent ainsi à moderniser le pays en faisant construire des ponts, des voies de chemin de fer et des lignes électriques… qui relient leurs propriétés et celles de leurs alliés politiques aux ports d’exportation ! Mais ces infrastructures coûtent cher et de nombreux emprunts sont contractés auprès des banques américaines qui deviennent les principales créancières de la République. Le système monétaire dominicain n’est décimalisé qu’en 1877 avec l’introduction du centavo. En 1891, la République intègre l’Union Monétaire Latine Européenne afin d’assainir et de stabiliser son système monétaire. Des francs entrent alors en circulation au côté du peso jusqu’en 1897. A partir de cette date, ils sont retirés de la circulation pour être remplacés par des pesos imitant leurs poids, dimension, composition métallique et même apparence. Le dictateur Lilis, aggrave encore la crise en utilisant la même tromperie que ses prédécesseurs. Il fait imprimer 5 millions de pesos pour éponger ses dettes mais il ruine du même coup la majorité des commerçants de l’île. La dette nationale explose et l’Etat se révèle incapable d’honorer ses dettes. Les puissances occidentales sont obligées d’envoyer des navires de guerre à Saint-Domingue pour faire pression sur le gouvernement. Le président américain Théodore Roosevelt fait voter une loi qui autorise l’armée américaine à intervenir dans les pays d’Amérique Latine qui ne remplissent pas leurs obligations financières. Il incite ensuite les banques américaines à racheter toutes les dettes du pays pour en devenir l’unique créancier en 1907. Sur l’île, afin de faciliter les échanges avec l’extérieur, le gouvernement finit par adopter officiellement la circulation du dollar, en plus du peso, dès 1905. Le dollar s’échange alors contre 5 pesos et la Banque Nationale se permet même de faire imprimer en 1912 des billets affichés comme étant des dollars dans le texte en anglais et comme des pesos dans la version espagnole. En 1915, les troupes américaines occupent Haïti et menacent de faire de même en République Dominicaine. Le coup d’Etat d’avril 1916 fournit l’occasion attendue pour intervenir en mai. La République est occupée et gérée par un gouvernement militaire américain qui réforme la fiscalité, les finances et toute l’administration. Les bénéfices tirés de la production du sucre atteignent alors des sommets suite à l’effondrement de la production de betteraves européennes pendant la guerre. Cinq conglomérats américains se partagent ainsi l’essentiel des bénéfices de l’industrie sucrière au détriment de la nation dominicaine. Devant la menace d’un soulèvement de la population, les troupes US se retirent en 1924. La crise de 1929 fait malheureusement chuter les cours du sucre et le pays sombre encore davantage dans la misère. Le commandant de la garde nationale, Rafael Leonidas Trujillo, en profite pour prendre le pouvoir en mai 1930.
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L’ÈRE « TRUJILLO » ET LE RETOUR À LA DÉMOCRATIE

Le nouveau dictateur est un allié fidèle des Américains, formé par l’armée US. Il établit un régime autoritaire et répressif qui prive les Dominicains de toute liberté. Il met également en place un véritable culte de sa personnalité, n’hésitant pas à rebaptiser des villes et des montagnes avec son nom propre ou à exiger que tous les nouveaux bâtiments publics et infrastructures portent une plaque indiquant « construit sous l’ère de Trujillo, bienfaiteur de la patrie ». Il n’hésite pas à faire rebaptiser la capitale « Ciudad Trujillo » après en avoir organisé la reconstruction aussitôt après l’ouragan de 1930. En 1937, le 21 février, il fait voter une réforme financière qui renforce le peso dominicain, victime lui aussi de la crise économique, pour concurrencer plus efficacement les dollars toujours en circulation. Son « peso de oro » devient la nouvelle référence de la devise nationale. En réalité, ce sont pratiquement des imitations des pièces américaines avec le même poids, la même composition et le même diamètre mais elles figurent un palmier et une tête d’Amérindien. Les

premiers billets ne sont cependant imprimés qu’à partir de 1947 avec des valeurs faciales allant de 1 à 1000 pesos oro. A partir de 1955, toutes les pièces et billets sont émis au nom du « bienfaiteur de la Patrie ». Malgré son admiration pour Mussolini, il reste fidèle à son alliance avec les Etats-Unis en s’engageant avec eux contre les puissances de l’Axe durant la Seconde Guerre Mondiale, puis en se qualifiant lui-même « d’anti-communiste numéro un au monde » pendant la guerre froide ! Sous son « règne », sa famille s’enrichit considérablement jusqu’à posséder près de 60% des terres cultivables et 80% des activités commerciales du pays dont le monopole sur la vente du riz, du lait, du ciment, du tabac, du café ou des assurances. L’expansion économique favorisée par la guerre en Europe puis l’aide américaine perçue pendant la guerre froide lui permettent d’augmenter ses revenus au détriment de l’Etat. Dans les années 60, la situation se détériore et les abus du dictateur, qui n’hésite plus à faire éliminer ses opposants à l’étranger, conduisent la CIA à organiser son assassinat le 30 mai 1961. Après sa mort, tous les billets en circulation doivent être modifiés car ils mentionnaient toujours « Ciudad Trujillo » comme étant la capitale. Ainsi, à partir de décembre 1961, la capitale reprend son nom de Santo Domingo et apparaît ainsi sur tous les nouveaux billets. Malheureusement, l’instabilité politique reprend avec successivement, Ramfis Trujillo, Joaquin Balaguer, Rafael Bonnelly et Juan Bosch, tous Présidents désignés ou élus puis renversés en moins de 5 ans. Une junte militaire reprend finalement le pouvoir en avril 1965. Mais après de violents affrontements dans la capitale, l’Organisation des Etats d’Amérique décide d’envoyer une force internationale de maintien de l’ordre qui parvient à mettre fin à la guerre civile au bout de quelques mois. Balaguer est alors rappelé au pouvoir en 1966 avant d’être démocratiquement réélu en 1970 et 1975. Au cours de ses mandats il parvient à mener les réformes économiques indispensables en nationalisant plusieurs secteurs vitaux tout en encourageant les investisseurs étrangers. Les monnaies dominicaines sont alors modernisées avec le lancement de nouvelles séries de pièces et de billets se détachant de leur modèle nord-américain en 1966. Cette période de croissance, proche des 10% par an, est appelée le « miracle dominicain » mais les plus pauvres ne bénéficient pas de cette embellie. A la fin des années 70, la croissance ralentit avec la crise économique mondiale. Le chômage et l’inflation repartent à la hausse. De nombreux Dominicains choisissent de s’exiler vers les Etats-Unis et notamment à New York où les émigrés constituent une importante communauté dont les revenus rapatriés alimentent encore aujourd’hui la République en devises américaines. Après un intermède, Balaguer est réélu en 1986 puis en 1990. Pour relancer l’économie, il incite l’Etat à s’endetter pour financer de grands programmes de construction d’infrastructures publiques. Malheureusement, si cette mesure est bonne pour l’emploi, elle ne l’est pas pour la dette publique qui se creuse et pour la monnaie nationale qui s’effondre. Dans les années 90, l’économie dominicaine se stabilise mais la pauvreté touche toujours la grande majorité de la population. Le marché de consommation intérieur est faible et les inégalités sont criantes. Pour les collectionneurs, deux éditions limitées de billets sont imprimées en 1992, pour célébrer la découverte de l’Amérique, et en 2000 pour le nouveau millénaire. Ces éditions rares sont aujourd’hui recherchées.

LE BOOM TOURISTIQUE

Au début des années 2000, le gouvernement choisit de miser sur le développement du tourisme en mettant en avant les atouts climatiques et les paysages magnifiques de l’île. De nombreuses infrastructures d’accueil et de transport sont construites et les investisseurs étrangers arrivent en masse pour développer des hôtels, des restaurants ou des bars avec le soutien des autorités. Les normes d’hygiène, de sécurité, d’environnement et surtout de protection des droits de l’homme ne sont pas la priorité. Tous les investisseurs sont les bienvenus, les littoraux se couvrent d’immeubles et de clubs de vacances peu esthétiques, et la prostitution explose. Les constructeurs font appel à la main d’œuvre haïtienne qui est exploitée. L’immense pauvreté de ces familles venant de l’Etat voisin devenu le plus pauvre d’Amérique incite les femmes et parfois les enfants à se prostituer auprès des touristes étrangers qui savent que la République Dominicaine est peu regardante sur l’application des droits fondamentaux dans ce domaine. Cette croissance économique issue de l’industrie du tourisme fait la fortune de nombreux expatriés européens et américains et provoque également une inflation des prix des terrains, des matières premières, notamment utilisées dans la construction, et des denrées alimentaires, convoitées par les hôtels et les restaurants. Le peso voit sa valeur fluctuer de manière importante en fonction des cours du dollar et de la demande touristique. Il peut ainsi varier de 16 pesos à 60 pesos pour 1 dollar. De nouvelles valeurs faciales doivent d’ailleurs être introduites pour faire face à l’inflation. Ainsi, les billets de 10 et de 20 sont remplacés par des pièces en 2005 tandis qu’un billet de 2000 pesos fait son apparition, suivi d’un billet de 200 pesos en 2007. En 2011, la Banque Centrale annonce la fin de l’utilisation de l’appellation « peso de oro » lancée en 1937. Le « peso dominicain » est désormais la monnaie officielle de la République mais les dollars et les euros, sont, pour des raisons pratiques, encore largement acceptés dans toutes les zones touristiques du pays. Dans les années 2010, les gouvernements successifs tentent de redorer l’image de la République afin de ne pas perdre l’attractivité touristique. La lutte contre la corruption administrative locale, le narcotrafic, la prostitution infantile, l’insécurité publique ou les constructions illégales qui menacent l’environnement… sont enfin devenus une priorité. Le peso s’est stabilisé autour de 50 pesos pour 1 dollar et les touristes peuvent venir profiter des beautés de l’île en toute tranquillité. Une nouvelle série de pesos a été initiée en octobre 2014 et perfectionnée en 2017. Désormais, les nouveaux pesos dominicains se distinguent des anciens par de nouvelles mesures de sécurité mais surtout par l’adoption d’un nouvel emblème national, la rose de Bayahibe, une fleur endémique en voie de disparition. Le tourisme représentant aujourd’hui près de 65% du PIB de la République Dominicaine, le gouvernement met tout en œuvre pour le favoriser. Les cinq aéroports internationaux implantés à proximité des stations balnéaires les plus touristiques comme Punta Cana, Puerto Plata ou Boca Chica, permettent d’accueillir chaque année des millions de touristes américains et européens attirés par la beauté des paysages, le climat et surtout l’opportunité de bénéficier de vacances de rêve à bas coût !
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