Les différents

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Collectionneur débutant ou même amateur éclairé, vous avez pu vous poser des questions sur la présence de petits signes ou symboles apposés sur les monnaies et qui semblent ne rien avoir à faire avec les légendes proprement dites. C’est ce qu’on appelle des « différents ». Et ils sont de plusieurs types selon l’usage qui leur est attribué. A quoi servent-ils ? Ils sont, le plus souvent, apposés pour des raisons de responsabilité juridique. En effet, d’une part le droit de frappe de monnaie n’appartient qu’au souverain (droit régalien majeur), et, d’autre part, jusqu’à une période récente, les pièces étaient émises en métal précieux avec des caractéristiques techniques obligatoires. En cas de faute ou de simple erreur dans ces fabrications, il est nécessaire de pouvoir en retrouver le lieu de frappe et éventuellement la personne qui en a été responsable, pour lui demander des comptes. En revanche, leur usage n’est pas systématique. Alors si vous n’en trouvez pas sur votre pièce, ne vous inquiétez pas, c’est normal.

Le point secret

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Il s’agit là d’un simple point qui, selon sa position sur la pièce, va indiquer l’atelier qui l’a frappée. Cet usage apparaît en 1389, sous le règne de Charles VI. Chaque atelier se voit attribuer un emplacement défini pour apposer un point ou un annelet. On les désigne alors par cette place. Par exemple un « point neuvième », qui signifie donc un point placé sous la neuvième lettre de la légende, va désigner l’Hôtel des Monnaies de La Rochelle, alors qu’un « point huitième » correspond à celui de Poitiers. Cet usage s’est perpétué longtemps dans d’autres parties du monde. Par exemple, certaines monnaies australiennes ont été frappées dans l’atelier de Bombay. Sur un penny de cuivre de 1943, il est désigné par deux points placés de part et d’autre du mot penny.

Le différent d’atelier

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Pièce de 2 Francs 1944B, le différent est visible en haut à gauche de la francisque

Il existe depuis l’Antiquité et son usage s’est surtout développé pendant la période romaine. Auparavant, chaque cité frappant sa monnaie avec une symbolique ou une lettre spécifique, il n’était pas nécessaire. Les empereurs romains souhaitent, en grande partie pour des raisons de propagande officielle, normaliser les frappes et surtout leurs effigies, dans les multiples ateliers, fixes ou itinérants, de l’Empire. Elle apparaît en France sous François Ier, par l’édit du 14 janvier 1540. La lettre A désigne l’atelier de Paris, la B celui de Rouen… Cet usage disparaitra à la fin du XIXe siècle avec la concentration de la fabrication dans le seul atelier parisien. On le retrouve néanmoins ponctuellement avec l’ouverture d’ateliers temporaires comme Castelsarrasin ( C ) ou Beaumont-le-Roger (B). Cet élément est de toute première importance quant à la valeur des monnaies car, d’un atelier à l’autre, les quantités frappées sont très différentes. C’est, par exemple, le cas des pièces de 20 francs Louis XVIII en or frappées dans l’atelier de Londres (R).

Mais on peut aussi les chercher sur les pièces en euro car d’autres ateliers européens l’utilisent : la tête de l’archange Saint Michel pour la Monnaie Belge, les feuilles d’acanthe stylisées pour celle d’Athènes, le M Couronné pour la Monnaie de Madrid… Résultat : si vous regardez attentivement des euros néerlandais, slovènes ou luxembourgeois, vous pourrez y retrouver le caducée de l’atelier monétaire d’Utrecht qui les a fabriqués.

Le différent du directeur   

Danemark
Là aussi, l’usage est très ancien et on trouve une très grande variété de signes ou symboles. En France, certains reviennent fréquemment, pour des ateliers et des directeurs différents : le cœur, le poisson, l’oiseau, le faisceau… D’autres ont un rapport  avec le directeur ou son atelier : la louve sur des monnaies de Napoléon frappée à Rome, les lettres RV pour Régis Victor de l’atelier de Marseille, la feuille de vigne pour… Hubert et Alexandre Vignes pour celui de Bordeaux… Depuis 1879, celui de la Monnaie de Paris est la corne d’abondance. Cet usage existe dans d’autres pays. Sur la pièce de 10 couronnes danoises de 1996 on découvre ainsi le sigle JHE du directeur Jan Erik Johansen.

Le différent du graveur

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Il n’apparait que récemment de manière continue sur le monnayage mais on connaît certaines monnaies antiques sur lesquelles les graveurs n’hésitèrent pas à faire figurer leur nom entier. Le plus célèbre, par ses œuvres spectaculaires, est sans doute le Sicilien Evainetos. Sa production de décadrachmes de Syracuse à la tête d’Aréthuse fait partie des chefs-d’œuvre de la numismatique. Il ne signe pas toutes ses monnaies mais certaines portent la marque à l’avers, sous un dauphin. Sur les monnaies françaises on trouve le plus souvent le différent du graveur général ou de l’atelier de gravure, lorsqu’il s’agit d’un travail collectif. Le différents est alors une sorte de fleur formée des lettres AGMM en lettres cursives (Atelier de Gravure des Monnaies et Médailles). On le trouve par exemple sur les célèbres pièces de 1 et 5 centimes « Epi » en acier frappées de 1960 à 1980 en pièces de circulation courante. Mais on peut aussi y trouver, en plus, celui du créateur du dessin. C’est, par exemple le cas d’Oscar Roty, avec sa célèbre « Semeuse », ou de Georges Guiraud avec ses pièces « au coq » et ses deux types de signatures. L’exemple le plus récent est celui de Joaquim Jimenez, un des meilleurs créateur de monnaies de ces dernières années, qui appose sur les pièces qu’il crée, son propre signe.

Les Graveurs Généraux
Longtemps, l’atelier de gravure de la Monnaie de Paris, qui a connu jusqu’à 17 graveurs, a été l’un des plus importants au monde. Les graveurs étaient placés sous les ordres d’un Graveur Général. Traditionnellement, il devait être « Grand prix de Rome de gravure en médaille » ou médaillé d’honneur du salon des artistes français. Depuis 1791, les Graveurs Généraux et leurs « différents » (qui change avec chaque nouveau graveur) furent :
> Augustin DUPRE, de l’an IV à Germinal An XI (femme marchant à gauche et tirant à l’arc)
> Pierre-Joseh TIOLIER du II Germinal an XII au 11/09/1816 (Tête de cheval à droite)
> Nicolas-Pierre TIOLIER, du 11/09/1816 au 31/12/1842, Grand Prix de Rome en 1805 (signature)
> Jacques-Jean BARRE, du 01/01/1843 au 14/02/1855 ((tête de lévrier à droite)
> Albert-Désiré BARRE, du 27/02/1855 au 31/12/1878 (ancre)
> Auguste BARRE, du 31/12/1878 au 31/12/1879 (ancre)
> Jean LAGRANGE, de 1880 à 1896, Grand Prix de Rome en 1860 (faisceau de lecteur)
> Henri Auguste PATEY, de 1896 à 1930, Grand Prix de Rome en 1881 (torche)
> Lucien BAZOR, de 1931 à 1959, Grand Prix de Rome en 1923 (aile)
> Raymond JOLY, de 1959 à 1974, Grand Prix de Rome en 1942 (chouette)
> Emile ROUSSEAU, de 1974 à 1994, Grand Prix de Rome en 1957 (dauphin)
> Pierre RODIER, de février 1994 à février 2000 (abeille)
> Gérard BUQUOY, de février 2000 à juillet 2003 (fer à cheval)
> Hubert LARIVIERE, depuis juillet 2003 (cor de chasse)

Cet élément est important car, lorsqu’il y a un changement de graveur en cours d’année, vous pouvez trouver deux différents pour un même millésime (exemple Dauphin et Abeille sur les pièces au millésime 1994).

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